s03e10 être utile ou ne pas être utile

Cette semaine on a terminé avec les épisodes thématiques.
On revient au bons vieux fondamentaux du journal de bord avec des rencontres tirées au hasard dans un quotidien quotidien.

s03e10 être utile ou ne pas être utile, l’épisode est ici

Mais qu’est-ce qui est utile ?

diagonale du vide graffiti (1)

Être utile, c’est être profitable. On dit utile ce qui procure un gain, un bénéfice à quelqu’un ou à quelque chose. L’utile est avantageux, il permet une amélioration. En ce sens littéralement tout peut être utile. Même si l’avantage est minime.
Cependant rien mais utile en soi, indépendamment d’un contexte où d’un projet donné.
Utile est à terme relatif : il ne prend sens que par rapport à autre chose, à une perspective plus générale dans laquelle il s’inscrit.
On dit parfois utile ce qui est indispensable cette façon de parler est illégitime: elle confond à tort le nécessaire et utile.

CHAPITRE XIV

La cinquième place de parking était très curieuse. C’était la plus petite de toutes. Il y avait là juste assez de place pour loger un réverbère et un fumeur de clope Ludo ne parvenait pas à s’expliquer à quoi pouvaient servir, quelque part sur le parking, une place sans place et un allumeur de clopes. Cependant il se dit en lui-même:
– Peut-être bien que cet homme est absurde. Cependant il est moins absurde que le premier ministre que le vaniteux, que le businessman et que le buveur. Au moins son geste a-t-il un sens. Quand il allume son clope, c’est comme s’il faisait naître une étoile de plus, ou une fleur. Quand il éteint son clope ça endort la fleur ou l’étoile. C’est une occupation très jolie. C’est véritablement utile puisque c’est joli.
Lorsqu’il aborda la place il salua respectueusement le clopeur:

– Bonjour. Pourquoi viens-tu d’éteindre ton clope ?
– C’est la consigne, répondit Serge le fumeur. Bonjour.
– Qu’est-ce que la consigne ?
– C’est d’éteindre mon clope. Bonsoir.
Et il le ralluma.
– Mais pourquoi viens-tu de le rallumer ?
– C’est la consigne, répondit l’allumeur.
– Je ne comprends pas, dit Ludo.
– Il n’y a rien à comprendre, dit Serge le clopeur. La consigne c’est la consigne. Bonjour.
Et il éteignit son réverbère.

Puis il s’épongea le front avec un mouchoir à carreaux rouges.
– Je fais là un métier terrible. C’était raisonnable autrefois. J’éteignais le matin et j’allumais le soir. J’avais le reste du jour pour me reposer, et le reste de la nuit pour dormir…
– Et, depuis cette époque, la consigne a changé ?
– La consigne n’a pas changé, dit l’allumeur. C’est bien là le drame ! La place d’année en année a réduit de plus en plus vite, et la consigne n’a pas changé !
– Alors? dit Ludo.
– Alors maintenant qu’elle est trop petite pour les voitures je n’ai plus une seconde de repos. J’allume et j’éteins une fois par minute !
– Ça c’est drôle ! Les jours chez toi durent une minute !
– Ce n’est pas drôle du tout, dit Serge . Ça fait déjà un mois que nous parlons ensemble.
– Un mois ?
– Oui. Trente minutes. Trente jours ! Bonsoir.

Et il ralluma son clope .
Ludo le regarda et il aima cet allumeur qui était tellement fidèle à la consigne. Il se souvint des couchers de soleil que lui-même allait autrefois chercher, en tirant sa chaise. Il voulut aider son ami:
– Tu sais… je connais un moyen de te reposer quand tu voudras…
– Je veux toujours, dit le clopeur.
Car on peut être, à la fois, fidèle et paresseux.

Ludo poursuivit:
– Ta place est tellement petite que tu en fais le tour en trois enjambées. Tu n’as qu’à marcher assez lentement pour rester toujours allumé . Quand tu voudras te reposer tu marcheras… et la cigarette durera aussi longtemps que tu voudras.
– Ça ne m’avance pas à grand’chose, dit le clopeur. Ce que j’aime dans la vie, c’est dormir.
– Ce n’est pas de chance, dit Ludo.
– Ce n’est pas de chance, dit Serge. Bonjour.
Et il éteignit son clope.
Celui-là, se dit Ludo, tandis qu’il poursuivait plus loin son voyage, celui-là serait méprisé par tous les autres, par le premier ministre, par le vaniteux, par le buveur, par le businessman. Cependant c’est le seul qui ne me paraisse pas ridicule. C’est, peut-être, parce qu’il s’occupe d’autre chose que de soi-même.
Il eut un soupir de regret et se dit encore:

– Celui-là est le seul dont j’eusse pu faire mon ami. Mais sa place est vraiment trop petite. Il n’y a pas de place pour deux…
Ce que Ludo n’osait pas s’avouer, c’est qu’il regrettait cette planète bénie à cause, surtout, des mille quatre cent quarante clopes par vingt-quatre heures !

diagonale du vide graffiti (2)
comme vous avez aimé la photo avec le graffiti du mouton, je vous en ai remis une autre. Il s’agit d’un graffiti ancien situé au sommet du beffroi du palais des archevêques de Narbonne.
Un jour je ferai une expo avec toutes mes photos de graffitis anciens. Je vous inviterai au vernissage.
promis

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